E - Echappatoire
On venait de célébrer le commencement de l’an de grâce 2008. “I Kissed A Girl” de Katy Perry allait tourner en boucle à la radio, fumer dans les restaurants devenait interdit, les paquets de cartes Pokémon s’achetaient 4,5 € en bureau de tabac et la petite Daisy allait sur ses 13 ans.
Les fêtes de fin d’année m’avaient mis du baume au cœur. J’ai toujours aimé cette ambiance. Il fait froid dehors ? Les gants en laine sortent du tiroir qu’on ouvre 4 mois par an et, quand on rentre au chaud, on les retire doigts par doigts, comme les “lady” vues à la télé. La nuit tombe tôt ? Le soleil est remplacé par une bonne dizaine de guirlandes lumineuses dans le jardin et autour des fenêtres. Ma mère avait dû fixer des roulements “Qui allume les lumières aujourd’hui” entre ma sœur et moi. J’avais beau être la plus âgée, je n’étais pas toujours la plus mature…
Pour le repas du réveillon, mon père revenait à la maison. C’était la deuxième année depuis la séparation de mes parents. Il mettait environ une heure à reprendre ses marques avec les lieux et avec nous, mais les festivités finissaient rapidement par l’emporter. La trêve de Noël durait jusqu’au lendemain où les au-revoir étaient un peu difficiles.
Cette parenthèse magique était terminée. Le sapin avait été démonté. La réalité nous rappelait sans ménagement.
Les excès du nouvel an étaient à peine digérés qu’il fallait retourner au collège. Ma sœur avait fini le dernier paquet de couches en septembre, juste après la rentrée. Puisqu’il n’y avait plus de raison de retrouver des couches dans la maison, j’avais arrêté d’en voler au magasin. Je m’étais sevrée tant bien que mal, sans réussir à étouffer totalement l’appel qui résonnait encore en moi.
Ce mercredi de janvier, j’avais le moral dans les chaussettes. Je suis passée par le supermarché avec la ferme intention d’acheter un magazine pour fille et des bonbons qui piquent. J’ai pris les articles, cependant au lieu de m’emmener vers la sortie mes jambes m’ont doucement portées vers le rayon “produits bébé”. J’ai retrouvé mon premier flirt au même emplacement. Debout, les mains encombrées, mon sac de danse en bandoulière pesant sur mon épaule, je suis restée à les fixer. Et puis j’ai soudainement eu envie de pleurer.
- Arrête, ai-je pensé.
C’était idiot. J’étais une grande fille. Les grandes filles ne pleurent pas pour rien plantée au milieu d’une allée de supermarché. J’ai détourné le regard pour me reprendre. Mes yeux se sont posés par hasard sur un paquet de Pampers Baby Dry. La face avant comprenait le petit dessin d’une couche à scratch, celles qui me tentaient depuis longtemps. Il y avait aussi un “8” bien visible dans son rond vert. 8 ans ? Les couches Drynites qu’avait porté ma sœur étaient censées aller jusqu’à 7 ans, mais je rentrais plus ou moins dedans. Un an de plus et davantage de possibilités d’ajustements grâce aux scratchs devraient m’offrir un bonus de confort. Je n’avais plus envie de pleurer.
Mes grand-parents m’avaient donné un peu d’argent pour Noël. J’avais de quoi payer le paquet, le plus dur serait de les cacher ; toutes ces couches étaient volumineuses. Il fallait non seulement qu’elles tiennent dans mon sac de sport et que j’arrive à lui trouver une place dans la chambre, très à l’abri du regard de ma mère et du nez curieux de ma sœur. Mon cerveau tournait à plein régime en quête de solutions avant d’être interrompu brutalement. Il contemplait, impuissant à travers mes pupilles, mes membres attraper le paquet de couches et se diriger vers la caisse. Il ne lui restait plus qu’à déplorer les conséquences de l'insouciance de la jeunesse.
En rentrant à la maison, je suis directement montée dans ma chambre pendant que ma mère et ma sœur s’affairaient en cuisine pour le repas du soir. J’avais peu de temps. Poilu allait m’aider. Poilu, c’était l’ours tout doux qui avait une fermeture éclair dans le dos. L’idée des concepteurs était d’y ranger le pyjama ou les peluches des enfants ordonnés. C’était sans compter les ABDL de ce monde qui ont besoin de cachettes… J’ai tout sorti sauf un plaid/doudou inutilisé depuis longtemps. La moitié des couches du paquet pouvaient être emballées dedans puis avalées par Poilu. Bien joué, l’ourson ! L’autre moitié irait dans la salle de bain. C’était risqué, mais ce serait les premières à disparaître. La machine à laver était encastrée sous une surface en bois. Entre le fond de la machine et le mur, il y avait un espace. J’ai mis le reste des couches dans un sac qu’on utilisait pour aller à la plage et je l’ai coincé derrière. Mission accomplie. Décrochage. Prochaine étape : dîner avec un sourire radieux.
La première Pampers allait être essayée le soir même. J’étais aussi heureuse que quelques semaines plus tôt au moment d’ouvrir les cadeaux. J’attrape une couche dans le sac de plage que je remets ensuite consciencieusement à sa place et… je bloque. Mais ?! Elle est toute petite ! La précipitation dans laquelle j’avais agi plus tôt m’avait fait passer à côté de cette donnée. Maintenant que nous étions face à face, le détail sautait aux yeux. Je l’ai ouverte et me suis allongée dessus, sur le sol de la salle de bain. Je l’ai refermée assez maladroitement. Les scratchs, sur lesquels j’avais dû forcer, étaient de travers et le haut de mes fesses n’était pas à 100 % couvert. En voulant la réajuster, j’ai touché l’entrejambe. Le doux bruit, la sensation, l'épaisseur nouvelle. J’étais émerveillée. Dans l’euphorie, j’ai relâché ma vessie, comme je l’avais fait dans les Huggies. Le même son, la même chaleur… et bien vite un peu trop de liquide pour une si petite couche mal mise. L’urine me coulait le long des jambes et formait une petite flaque à mes pieds. J’étais catastrophée. J’ai enlevé la couche, je me suis rincée dans la douche et j’ai essuyé le sol avec une éponge. Les dégâts éliminés, j’ai pris une autre couche. Elle était un peu mieux mise cette fois-là, même si tout ABDL qui se respecte aurait fait la moue. J’allais apprendre.
Je suis allée me coucher, comblée. Tout n’était, certes, pas parfait. Par exemple, il me restait à trouver comment contenir un liquide qui cherchait un peu trop à s’évader. Je ne lui en voulait pas. Il fallait juste le convaincre que, pour moi comme pour lui, les couches pouvaient être un échappatoire.
