D - Le Dernier
La couche avait étonnamment bien tenu le coup. J’avais senti une accumulation de liquide, mais au bout de quelques secondes tout avait été absorbé, laissant juste quelques gouttes perler sur le haut des cuisses. J’ai essuyé autour de l’espace pour les jambes avec du papier toilette et je suis retournée dans ma chambre.
Ma soeur était en train de s’habiller. Il fallait que je trouve une excuse pour attendre jusqu’à ce qu’elle parte. La couche avait gonflé et gênait mon entrejambe. J’ai regardé ma montre à fleurs. J’allais être en retard.
- Tu penses que je peux mettre la robe de mon anniversaire?
- Je ne sais pas, demande à maman.
Je faisais semblant de faire mon sac qui avait été préparé la veille. Je sentais encore la chaleur qui emplissait la couche. Des années de vie ABDL n’ont jamais atténué ce petit bonheur.
- Elle dit qu’elle est trop jolie pour l’école, mais je l’aime bien et bientôt elle sera trop petite.
- Je ne sais pas, je t’ai dis !
Agacée, elle s’est tournée vers moi. J’avais peur qu’elle remarque la grosseur sous mon pyjama ou qu’elle s'aperçoive que je ne faisais que sortir et remettre les mêmes cahiers de mon cartable. J’ai donc changé mon fusil d’épaule et je me suis posée devant la commode à côté d’elle. Je n’avais eu que 4 ou 5 pas à faire, mais la couche était si pleine que marcher normalement était difficile et le bruit qu’elle faisait était assourdissant. En tout cas pour moi, puisque ma sœur n’a rien remarqué.
- Celle-là, elle te va bien aussi je trouve. Avec la ceinture blanche.
Je l’ai regardé enfiler les vêtements proposés avec une attitude à la Christina Cordula avant l’heure. Je voulais surtout ne pas bouger. Elle a fini par sortir. J’ai retiré en quatrième vitesse la couche qui était très imbibée. Est-ce que je pouvais quand même la mettre dans mon sac? Je l’ai pliée avec précaution. Elle sentait l’urine mais n’avait pas l’air de couler. De toute façon, je n’avais ni quelque chose dans quoi je puisse l’envelopper sans que ce soit tout aussi suspect, ni le temps de chercher. Je l’ai mise telle qu’elle donc, en faisant en sorte qu’elle soit le moins comprimée possible.
J’ai fait la route jusqu’à la poubelle au pas de course. L’été approchait, il faisait beau et assez chaud. A l’arrêt de bus, il y avait un homme qui patientait au soleil, à côté de l’abri. Cauchemar. Impossible de jeter la couche et faire demi tour passerait pour encore plus suspect. J’ai donc fait mine d’attendre aussi en espérant trouver une idée lumineuse. Heureusement, à peine quelques minutes plus tard, le bus arrivait. Tout le monde est monté. J’ai fait un signe de tête pour dire au chauffeur qui m’attendait que je ne comptais pas venir. J’étais épouvantée par ce que ces gens pourraient penser de moi. Quand il a redémarré, j’ai enfin pu sortir la couche de mon cartable pour la jeter. L’odeur qui ne m’avait pas vraiment dérangée plus tôt m’a un peu dégoûtée une fois refroidie. J’ai senti mon sac. Il y avait un léger relent résiduel, bientôt recouvert par la senteur du papier. J’ai remis mon cartable sur le dos et j’ai couru pour rattraper mon retard. J'échafaudais déjà des plans pour ne pas avoir les mêmes problèmes la prochaine fois.
Des ennuis, il allait y en avoir d’autres. Déjà, j’étais vraiment trop grande pour ces couches ce qui les rendait de plus en plus inconfortables. Le fait qu’elles s’enfilent comme une culotte ne me plaisait pas non plus. Je voyais à la télé les pubs pour celles avec des attaches, ce qui titillait mon côté AB. J’avais très envie de les essayer, de devoir être allongée pour les mettre, de les différencier tout à fait d’une culotte normale.
Un autre souci venait de la diminution un peu trop rapide des paquets de couches. Ma mère avait fait un jour la remarque à ma sœur, qui s’était défendue d’en abuser. La querelle n’était pas allée très loin, mais si elles en venaient à se douter que quelqu’un d’autre se servait, nous n’aurions pas été serrés sur le banc des accusés.
Le mercredi j’avais un cours de danse. J’y allais directement depuis le collège en passant devant “notre” supermarché. Je m’arrêtais quelques fois pour faire des petites courses pour le dîner ou pour acheter des bonbons et des magazines avec mon argent de poche. J’ai fait un tour par le rayon bébé. Drynites 4-7 ans. Paquet rose aguicheur. Elles faisaient maintenant partie de mon quotidien.
J’ai regardé autour de moi. Personne. La situation était simple : soit je commettais le premier vol de ma vie, soit je finirai par me faire découvrir à la maison. J’ai doucement ouvert le paquet par le haut. Le son du plastique qui s’est subitement déchiré m’a fait sursauter. Tout le monde avait forcément entendu ! J’ai regardé de nouveau autour de moi. Toujours personne… J’ai pris 4 couches et je les ai mises le plus vite possible dans mon sac de danse. J’avais peur d’être que mes amies voient les couches dans mon sac et se moquent de moi. Je les cacherai mieux plus tard. Tout de suite, l’important était de partir. J’ai remis le paquet tout derrière. La culpabilité me faisait transpirer. Je suis allée à la caisse avec mes Pimousse et un paquet de pâte. La caissière m’a regardé de manière insistante, l’air narquois.
- Je ne dirai rien à ta mère, ne t’inquiète pas.
Je suis restée figée.
- Mais n’en abuse pas. Ce n’est pas bon pour les dents.
Elle m’a tendu le paquet de bonbons. J’ai souri d’un air niais. Je suis partie les mains tremblantes, le cœur battant.
Ce premier vol m’a permis de compenser ma consommation personnelle pendant deux semaines. La troisième semaine, je suis retournée au magasin. Rayon bébé, le paquet du fond n’avait pas bougé. Je me suis sentie soulagée. J’ai repris 4 couches que j’ai directement enfouies dans mon sac. Ce manège a pu continuer plusieurs mois.
Et puis il y a eu un nouvel obstacle, et pas des moindres. Pendant l’été, ma sœur a annoncé qu’elle ne faisait plus pipi dans ses culottes, qu’elle n’avait plus besoin de couches.
- Tant mieux, avait répondu ma mère. Tu finis ce paquet. Ce sera le dernier.
