V - Vendredi

V - Vendredi

V - Vendredi

La table débordait de plats dépareillés contenant des œufs mimosa, des roulés à la saucisse, des burgers tomate/mozza/basilic, cakes salés et j'en passe. Je m'étais peut-être un peu emballée... 

La cuisine était sans dessus-dessous, j'étais complètement débraillée, mais le buffet était enfin prêt. Soupir de satisfaction. 


Aaaah !


Regard vers ma montre enfarinée : 19h53. Nos invités arrivaient dans 7 minutes.


Ah. 


J'ai gagné ma chambre en quelques enjambées. L'intégralité de mes habits se sont retrouvés si rapidement au sol que Houdini en aurait été impressionné. J'ai ouvert mon placard. Je savais ce que j'allais mettre.

Il y avait d'abord ce soutien-gorge rouge dans lequel j'avais investi une petite fortune quelques semaines plus tôt. Je n'avais pas eu les moyens de prendre la culotte qui allait avec (tellement de $$$ pour si peu de matière...), j'allais donc l'assortir avec une achetée dans un magasin bien plus abordable. Les rouges étaient légèrement différents... Je comptais sur le fait que la lumière serait tamisée quand on en viendrait à l'effeuillage.

J'ai enfilé un de ces pulls-T-shirts à col roulé. Le concept est certes déroutant mais je l'avais choisi spécifiquement.

J'ai soulevé ma pile de jeans et ai dégagé un collier dissimulé en dessous. C'était un ras-du-coup épais en cuir noir avec un anneau en métal. Oui, c'était un accessoire de soumission subtilement caché par le petit haut susmentionné.

Je fréquentais depuis peu quelqu'un qui me faisait découvrir le BDSM. J'en étais ravie. Après William, j'avais connu d'autres hommes auprès desquels je m'étais toujours un peu ennuyée. J'avais du mal à savoir ce que je cherchais, mais force était de constater que eux en étaient dépourvus. Cette fois, c'était différent. 

Le dernier élément de la tenue n'était pas des moindres : une jupe plissée qui m'arrivait au-dessus des genoux. Je l'aimais particulièrement puisque le moindre mouvement brusque la faisait tournoyer. J'avais beau fêter mes 22 ans et porter un soutien-gorge affriolant, j'avais gardé une âme d'enfant.


Nos invités sont arrivés au goutte à goutte. Conversations variées, rires et musique ont rapidement envahi l’appartement. Alors que je re-remplissais des verres, C. ma nouvelle colocataire, m’a mis une main sur l’épaule et m’a chuchoté à l’oreille : 


- J. est au bout de la rue…

J’ai tourné la tête pour croiser son regard. Elle faisait une moue qui contenait un sourire entendu. C’était une personnalité complexe dont le visage angélique se teintait à l’occasion de reflets endiablés. J. était un de ses amis et la naissance d’une relation entre nous semblait beaucoup l’amuser. L’interphone sonna. 


- Je te laisse ouvrir ? demanda-t-elle avec une innocence feinte.


Je me suis mordue la lèvre inférieure et ai détourné le regard. J’ai tenté au mieux de contenir ma nervosité en marchant  jusqu’à la porte d’entrée.


- Oui ? … Montez.


J’ai entendu la porte au rez-de-chaussée grincer puis claquer. Je me suis faufilée sur le palier en ajustant nerveusement ma tenue. Le colocataire de J. le précédait dans les escaliers.


- Yo, Daisy ! Y’ fait pas chaud dehors, hein ? Je vous ai fait un cadeau à C. et à toi, vous allez pas être déçues ! Et j’ai ramené assez pour ravitailler Chicago dans les années 20, ajouta-t-il en montrant son sac rempli de quelques litres de liquides divers. 


- Merci M. Hâte de voir, ça. 


J. attendait en retrait. Il me fixait avec un léger sourire aux lèvres. Mon cœur battait à tout rompre. Lorsque M. eut passé le palier en annonçant son arrivée de manière sonore, J. s’est rapproché de moi et m’a fait lentement, très lentement, la bise.


- Joyeux anniversaire, Daisy. 


Puis il a braqué ses yeux sur mon col roulé et son visage s’est fendu d’un large sourire. Il m’a ensuite attrapé délicatement la taille pour rentrer dans l’appartement.


Le reste de la soirée s’est déroulée comme une soirée étudiante des plus communes : joyeuse, détendue, enivrante. Les douze coups de minuit avaient sonné depuis bien longtemps quand, en allant chercher quelque chose dans la cuisine, j’ai senti des doigts se glisser entre mon collier et ma peau. Je me suis figée.


- Et si on allait continuer la soirée, toi et moi, dans ta chambre ?


Le ton suave de J laissait transparaître l’impatience de plusieurs heures de retenue. J’ai lâché ce que j’étais venue chercher pour le suivre. Le reste n’appartient qu’à nous. Je peux quand même vous dire que la nuit fut… marquante.


Au matin, tout était plus beau. Je flottais d’une pièce à l’autre pour nous concevoir un petit déjeuner décent. J’ai ramené le tout dans la chambre où J. attendait encore nu assis sur le lit. Après avoir posé sur ses genoux notre plateau repas digne d’un lendemain de fête, nous avons mangé dans un silence complice. Et puis, sans même trop y penser, je lui ai dit : 


- J’aimerais que tu me fasses mettre des couches.


Il m’a regardé sans comprendre, mais sans jugement. Moi non plus, je n’avais pas honte. Je savais que je pourrais lui demander n’importe quoi sans que cela ne me porte préjudice.


- Comment ça, des couches ?


- Des couches pour adultes ou pour bébés… Tu pourrais m’obliger à faire dedans. Me punir, si ça ne te convient pas.


Il ne semblait pas connaître l’ABDL. D’interrogateur, son regard est devenu intrigué. Il a passé d’un air absent sa main sur mes fesses encore un peu douloureuses.


- Est-ce que tu es libre vendredi ?

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