G - Cette geôle

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G - Cette geôle

Le choc m’a empêché de penser pendant un moment. Je n’arrivais pas à imaginer la suite de ma vie, qu’elle soit ABDL ou non. Comment allais-je pouvoir justifier auprès de ma mère les couches qu’elle avait trouvées sur mon lit? Est-ce que ma sœur était aussi au courant ? Je sentais des larmes perler sur le coin de mes yeux sans avoir envie de pleurer. Non. J’avais envie de fuir.
J’ai fini par descendre, vide, de mon lit mezzanine. Je suis allée dans la salle de bain sans m’en rendre compte. J’ai fermé la porte à clef. J’ai sorti le petit escabeau et je me suis assise dessus. Le regard perdu, rien ne se passait dans ma tête. Peut-être que j’attendais de me réveiller en sursaut. Il a fallu que je me lève, toujours aussi blême. Après 20 bonnes minutes juste pour me brosser les dents et enfiler mon pyjama, je suis allée dans mon lit et j’ai fixé le plafond. En y repensant, ma mère avait été un peu silencieuse dans la voiture. J’avais pris ça pour de la fatigue. Mon ventre se tordait à l’idée qu’elle serait distante pour le reste de nos vies à cause de ça. Ma sœur était en train de regarder la télé lorsqu’on est arrivées. Il était tard, nous n’avons pas parlé longtemps, mais elle semblait normale.

Ma sœur est entrée dans notre chambre dans la foulée. Elle m’a posé des questions sur mon voyage, m’a raconté les petites anecdotes s’étant passées pendant la semaine. Je me suis un peu détendue. Soit elle n’était pas au courant, soit elle avait décidé de faire comme si de rien n’était. Je ne sais pas quelle option je préférais à ce moment.
Nous avons fini par nous endormir. Je me suis réveillée plusieurs fois cette nuit-là, complètement en nage. J’attendais et appréhendais le lever du soleil.

Au matin, je me suis levée tôt et j’ai rejoint le salon. J’étais la première debout. Retrouver mon univers familier me réconfortait. Ma mère s’est finalement levée. Elle est venue m’embrasser.

“Tu es matinale. Et si on allait chercher des croissants ?”

Les croissants étaient un prétexte pour que nous ayons une discussion sur le chemin, j’en étais sûre. Cette idée me provoquait des sueurs froides, mais je ne pouvais pas refuser.
Elle a laissé un mot pour ma sœur sur le meuble de la cuisine. Je la revois fermer la porte derrière nous. Le temps était doux et pourtant je tremblais. Les premières minutes se sont passées dans un silence qui me coupait le souffle. Elle m’a finalement posé des questions sur mon séjour, m’a parlé de l’organisation des semaines à venir. Sur le retour, elle a posé une main affectueuse sur mon épaule. J’étais raide comme un piquet. Des larmes me sont montées aux yeux. Certaines se sont échappées sur mes joues. Un discret coup de revers de manche a réussi à les faire disparaître.
Nous sommes arrivées chez nous. Elle a rouvert la porte de la maison. Mon corps a mis quelques secondes à rentrer. Elle n’avait rien dit sur les couches.

Ma sœur avait allumé la télévision. Je l’ai rejoint sur le canapé. L’émission qui passait aurait pu être un porno amateur que je ne m’en serais pas rendu compte. Je voulais juste être près d’elle. Nous avons fini par aller manger le petit déjeuner alors que j’avais encore le ventre noué. Il n’y aurait… rien ? Pas un mot ? Pas une allusion ? Pas un regard réprobateur ?

Toutes les brimades que je m’étais imaginées n’auraient pas lieu. Tant mieux. Je ne me sentais pas soulagée pour autant. Ce silence était une négation. Il signifiait que mes nuits en couches des derniers mois n’avaient pas existé. Il signifiait renoncer à quelque chose qui me rendait heureuse. Il signifiait renier mes désirs ABDL. Il signifiait rejeter une partie de ce que j’étais. Faute à ma jeunesse, ma peur du conflit, ma timidité, ce silence, je m’y suis pliée. Il est devenu cette geôle fétide qui fut ma cachette.

Pendant longtemps.

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