L - Liberté
Les anglophones disent “unleached”, littéralement “échappé de la laisse”. En français, nous avons bien “débridé” pour “échappé de la bride”, mais le mot a pris une connotation festive. Les jeudis en couche au collège, je ne les vivais pas comme une fête, je les vivais comme une liberté retrouvée. Au début, il y avait bien une sorte d’excitation comme quand on arrive à une soirée avec de la musique forte après avoir fait le mur. Ces enchantements ont assez rapidement laissé place à un sentiment moins puissant, plus profond, plus sincère. “Retrouvée” parce qu’au fond de moi, je savais que cet état n’était pas nouveau ; il avait simplement été négligé jusqu’à l’oubli. Quand je m’asseyais avec ma couche pour les deux heures de français qui débutaient la journée, l’inconfort qui m’avait poursuivi une bonne partie de ma scolarité s’était dissipé. Le lieu était le même, pourtant j’avais maintenant l’impression d’être à ma place.
Les années qui ont suivi ont surtout développé mon côté DL. Si je portais encore des Pampers une à deux nuits par semaine, j’aimais de plus en plus en porter à l’extérieur. Le cinéma, la patinoire ou les promenades hivernales à la plage en couche me donnaient un plaisir décuplé. J’avais l’impression d’être vraiment moi-même.
Je faisais encore du baby-sitting et une grande partie de l’argent que je gagnais partait dans les couches. En plus de Gwenaëlle, il m’arrivait de garder le petit Erwan, fils d’une collègue de ma mère. La vie suivait son cours.
En classe de troisième, j’ai commencé à fréquenter un garçon. Nous nous sommes rencontrés à une fête de voisinage ; sa famille avait emménagé quelques mois plus tôt dans le quartier. William était au lycée et faisait de la natation en sport-étude. Il était assez beau garçon : bien bâti pour son âge, des cheveux mi-longs indisciplinés par le chlore, des yeux clairs qui diffusait une douceur dans son regard. C’était surtout un grand timide. Tous les concepts qui gravitaient autour du mot “fille” le terrifiaient. Combien de rencontres lui a-t-il fallu pour me regarder dans les yeux ? Nous nous voyions un peu les weekends, mais l’essentiel de notre relation se faisait par message et au téléphone.
Les vacances d’été ont servi d’incubateur à notre amour naissant. Les petits bisous se sont transformés en baisers plus appuyés, les mains dans la main devenaient plus subtiles, les moments dans les bras l’un de l’autre se faisaient plus caressant.
Mon petit plaisir ABDL consistait à mettre une couche le soir puis à l’appeler. Au début, l’idée était simplement de m’offrir un confort supplémentaire dans ces moments appréciés. Et puis les hormones se sont immiscées dans nos conversations… Les rapprochements physiques de la journée se poursuivaient en parole d’un bout à l’autre du combiné. Nous étions si jeunes et si inexpérimentés ! Les mots justes se trouvaient à tâtons. Pendant l’un de ces dialogues objectivement niais, j’ai machinalement porté la main sur ma couche. La sensation, à ma grande surprise, avait changé. J’ai rougi, seule dans ma chambre, avec Will à l’autre bout du fil qui continuait la conversation. Je l’ai laissé parler pendant que j’explorais ces nouvelles possibilités. Je sentais que quelque chose se passait en moi, sans le comprendre. Nous avons fini par raccrocher et j’ai continué seule dans ma chambre. Je me suis endormie sans rien accomplir de concret, plus perplexe qu’émoustillée.
S’en ai suivi plusieurs soirs, plusieurs tentatives, plusieurs positions pour le même résultat médiocre. Et puis, en parlant à William, j’ai senti une tension monter. C’était un dimanche. Nous avions passé la veille chez lui. Son lit avait été le témoin de fricotages qui pouvaient facilement se confondre avec des préliminaires. Nous en reparlions au téléphone, je revivais la scène avec ma main qui frottait la couche. Mon cœur s’est accéléré, j’ai senti une bouffée de chaleur. En resserrant les cuisses, j’ai comprimé d’autant plus fort mon entre jambe et mon souffle s’est coupé. Pendant quelques secondes, mon corps a été en apesanteur. Puis je me suis relâchée. Tous mes membres se sont détendus. Ma bouche était sèche. J’ai écourté la conversation et je me suis assise sur le bord du lit. Du liquide coulait dans ma couche. J’ai cru que c’était un pipi. En allant voir aux toilettes, l’intérieur de la couche n’était pas jaune et ne dégageait pas une odeur que je connaissais. Je suis retournée me coucher.
La pratique que je venais de découvrir n’a pas eu de nom pendant plus longtemps que je ne devrais l’avouer. Mon entendement des rapports sexuels se limitait à quelques théories floues vues en SVT et colportées par des récits hasardeux. Mes faibles connaissances me permettaient néanmoins d’affirmer que ce que je faisais n’en étaient pas. Comme jamais la masturbation féminine n’avait été évoquée, ma candeur n’a pas immédiatement fait le rapprochement. Je gardais cette ignorance pour moi. Il aurait été difficile de parler de ce que je vivais sans également parler de ce que je portais à ce moment. Je n’apprends à aucun ABDL que les plaisirs en couche provoquent des sensations tout à fait singulières. Le tout est donc passé sous le sceau du silence, alors même que la découverte de la sexualité était devenue, au sein de mon cercle d’amies proches, un travail de groupe.
Dans le quartier, une amie faisait un jour une petite fête. C’était une fratrie de 4 enfants et leur grand jardin avait mille et une sources d’amusement : trampoline, toboggan épousant une petite pente et surtout une structure avec des balançoires. L’un de nos jeux consistait à monter non pas sur lesdites balançoires mais sur la barre transversale stabilisant les pieds et y faire diverses figures tel que le fameux cochon pendu et enroulades variées. Pour y monter, nous nous tractions sur le poteau en biais qui assurait l’extrémité. A califourchon sur la barre, mes cuisses enserraient la barre pour ne pas tomber. Par conséquent, mon entrejambe subissait une pression et la friction du mouvement qui me tirait vers le haut. J’ai commencé à ressentir les mêmes sensations que lorsque je palpais la couche le soir. Au bout de quelques montées, mon souffle s’est coupé, puis le soulagement a suivi. J’ai fait une rapide galipette pour redescendre et je ne suis plus remontée. J’ai senti ma culotte se mouiller. J’avais honte. J’avais peur que quelqu’un le remarque. Ma chance avait été de porter des collants et une jupe foncée. J’ai ainsi appris que ces sensations n’étaient pas dues à la couche mais simplement à mon corps. Finalement, ça ne me donnait pas plus envie d’en parler…
L’obtention du brevet signait la fin d’un chapitre de ma vie scolaire. Alors que j’avais porté régulièrement des couches au collège, j’avais arrêté en changeant d’établissement. Il m’a fallu plusieurs mois pour me sentir totalement à l’aise dans ce nouvel environnement. La semaine avant mon seizième anniversaire, ma mère m’a demandé ce que je voulais en cadeau. Une nuit de réflexion m’a permis de lui donner une réponse et, dans ma tête, d’en formuler une autre. Pour mon anniversaire, je passerai la journée en couche. Le fait qu’il tombe un mardi sera la cerise sur le gâteau de la cantine… Après tout, il n’y avait pas de raison que le lycée ne soit pas aussi un lieu de liberté.
