O - Ouvert

O - Ouvert

O - Ouvert

Clic.

Je regardais régulièrement l’heure dans le coin droit de l’écran du PC familial. Mes recherches innocentes sur les “couches pour adultes” avaient fini par me mener sur un forum français ABDL avec pignon sur rue. Mes yeux lisaient à la chaîne les titres des nombreux articles.

Clic.

Je les faisais défiler et cliquais sur la page suivante. Impossible de me décider à en lire un en particulier. 

Clic.

Je jetais un nouveau coup d’oeil à l’horloge numérique. J’avais peur de perdre la notion du temps face à cette découverte qui bouleversait les conceptions que je m’étais forgées.

Clic.

Des témoignages, des anecdotes, des offres d’emploi, des relais d’articles internationaux…

Clic.

“Test de la couche *******  ”
Allez. Peut-être était-ce une de celles que j’avais vu en pharmacie ?
Clic.


Nope, pas du tout. De mémoire il fallait la commander d’un autre pays. Elle semblait finalement assez basique et pourtant l’avis donné, photos à l’appui, devait faire plusieurs pages. L’auteur mettait des mots sur des sensations que je n’avais pas réussi à formuler jusqu’à présent. la texture, le bruit, l’odeur... Nous avions les mêmes problématiques : la gestion de fuites, les soucis d’approvisionnement, la fixation des attaches, etc. Je me sentais comprise pour la première fois.

De stupéfaite, je suis passée à médusée. A la minutie de l’article venaient s’ajouter le nombre sidéral de commentaires. Il y avait de tout ; de la petite réaction


Jon1452

Whaou !!...


PhiliB

Super ça !


A la question très technique

P0ly

Je fais du M, mais mes cuisses sont assez larges, est-ce que vous

pensez qu’elle risque de fuir ?


Jusqu’à l’ouverture d’un débat enragé

Minussi

Vous appelez ça épais? Vous avez jamais porté une #### ou quoi ?.


Il y avait pas mal de références à d’autres couches. Socrate me murmurait doucement à l’oreille “Tu vois Daisy, la seule chose que tu sais, c’est que tu ne sais rien”.


Clic.

Le classement des meilleurs sites ABDL 2011 m’avait harponné. Il y avait donc d’autres sites internet dédiés à ça ? Tellement de liens, tellement de pays. Je ne savais plus où donner de la tête. L’article faisait la distinction entre les sites gratuits et ceux payants. Payer pour quoi, au juste ?


www.site-ABDL-payant-très-connu-des-années-2010.com

Mmmh?

Clic.


Ah, ok.

Deux salles, deux ambiances.

Me voilà face à une armée de femme en rangs serrés d’un genre que je n’avais jamais vu jusqu’à présent : fortement maquillée, affirmées, on-ne-pouvait-plus suggestives. Les éclairages, les poses leur donnaient un air de barbies ABDL. Elles regardaient droit vers l’objectif, droit vers moi. Je me demandais vaguement ce qu’elles me voulaient. Le malaise se mêlait avec la plus pure fascination. Toutes exposaient leur couche sans aucune gêne. Du point de vue de quelqu’un qui n’avait pas encore 17 ans, elles semblaient assez âgées. Je me demandais si j’allais devenir comme elles. Cette perspective ne me plaisait qu’à moitié.
Clic. Clic. Clic.

Les pages défilaient. Les photos d’illustrations apparaissaient toujours plus nombreuses. Les sets photos ou vidéos m’étaient évidemment inaccessibles. Ce n’était sans doute pas plus mal…
Aujourd’hui, je sais que ces photos étaient à destination de la gent masculine. Je sais aussi que ces femmes n’étaient pas plus ABDL que l’on devient femme de ménage en portant une tenue de soubrette. Seulement, rien dans mon environnement ne m’avait jamais fait entrer en contact avec des contenus pornographiques. Cette première expérience était aussi inattendue que perturbante. 


C’en était assez pour aujourd’hui. J’avais encore du temps, mais il me fallait un moment pour digérer tout ce que j’avais pu voir.

Clic.

Heureusement, un ami au lycée m’avait montré comment effacer l’historique internet. Il avait lui-même été initié par son grand frère qui utilisait la technique pour que ses parents ne voient pas qu’il cherchait des solutions à des jeux vidéos auxquels il n’était pas censé jouer. Les débrouillardises de l’adolescence…


J’ai allumé la télévision machinalement. Après m’être rendue compte que je ne la regardais aucunement, je suis passée chez Will pour me changer les idées. Le contact de ses bras et la douceur de ses regards contrastait tellement avec les choses que j’avais pu voir. Ces petits rien m’ont fait reprendre contact avec une réalité rassurante. Evidemment, je pensais toujours à mes trouvailles. Ces nouveaux horizons ABDL me semblaient infinis. Cette impression donne aujourd’hui à sourire. Avouons-le, les opportunités physiques ou numériques de vivre sa passion à cette époque étaient proches du dérisoire. Il n’empêche qu’en quelques clics, un monde nouveau s’est ouvert.



PS : Repenser à cette première aventure me provoque toute sorte d’émotions. J’aurais plus vite que cru que je deviendrai dresseuse de chameau plutôt que je participerai, presque 15 ans plus tard, à repousser les murs des possibles dans ce microcosme. Merci à tous ceux qui ont permis de rendre ça possible !

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