P - Ce Paquet
J’avais couru à toute jambe. Qu’est-ce qu’il m’avait pris ? L’encombrant ballot dans les bras, je continuais à slalomer dans les ruelles. Ma gorge me faisait mal. Mes poumons se gonflaient et dégonflaient de leur mieux sans arriver à satisfaire mes besoins en oxygène. La journée était chaude, l’air chargé. J’ai tourné dans un coin de rue qui menait vers un chemin peu fréquenté. Je me suis arrêtée contre le mur pour reprendre mon souffle. J’ai retenu un bref instant ma respiration pour écouter des bruits de pas éventuels qui m’auraient suivi dans ma fuite. Rien. Rien que mon coeur qui battait à tout rompre. Rien que les bruits d’une petite ville sans histoire. Les gouttes de sueur coulaient sur mes tempes, mon dos ruisselait. Quand mon rythme cardiaque est redevenu normal, j’ai baissé les yeux. Qu’est-ce que j’allais faire de ça ?
La semaine d’avant, je m’étais attardée sur une revue de couche sur le forum ABDL que je fréquentais quand je le pouvais. Depuis les grandes vacances, j’avais un peu plus accès à l’ordinateur familial en toute tranquillité. Ma mère travaillait en journée et ma sœur s’incrustait souvent chez des voisins ou se livrait à sa nouvelle passion : le roller. J’en profitais pour me faire régulièrement des sessions de lecture sur internet. Ces articles développaient mes envies et ma frustration en même temps. Je découvrais les possibilités de formes, de textures, de sensations… par écrit. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dis, j’aime l’écrit et les possibilités infinies de rêveries qui y sont liées. Mais bon, l’imagination a ses limites.
Le stock de Pampers Baby Dry caché dans ma vieille valise diminuait peu. Elles ne suffisaient plus à étancher ma soif ABDL.
Les problèmes étaient toujours les mêmes : l’argent et surtout les possibilités de stockage. Je n’étais pas sûre du tout que les énormes paquets de couches pour adultes vus à la pharmacie rentrent entièrement dans ma cachette secrète. Si ma mère ne rentrait que peu dans ma chambre, ma sœur et moi y passions parfois du temps ensemble. Il n’était pas rare qu’elle ouvre le placard pour essayer d’anciennes tenues à moi ou qu’elle cherche de menus objets que je consentais à lui prêter. Je pouvais donc difficilement disperser le lot molletonné un peu partout sur mon territoire. Sans compter le fait qu’il aurait fallu que je transporte le paquet d’une pharmacie à chez moi avec un sac d’une contenance pour le moins inhabituelle…
Ces émois amplifiés par la gestion des hormones de l’adolescence me mettaient dans des états inconfortables. Je me renfrognais, n’ayant personne à qui parler de ces querelles intérieures. Je n’ai jamais pu me confier à William non plus. Il fut mon premier amour, mes premiers essais, ma première relation sérieuse. Nous découvrions ensemble un panel de choses qui vous font passer de l’adolescence à l’âge adulte. Malgré la confiance globale et notre attachement réciproque, le pressentiment qu’il ne comprendrait pas persistait. Il n’a d’ailleurs jamais vraiment cherché à savoir ce qui, parfois, me préoccupait. Il n’a jamais non plus ouvert de porte sur une sexualité alternative. Je tentais de me persuader que ce qu’on avait me plaisait. Toutes mes amies avaient l’air ravie de ce qui ressemblait pour beaucoup, sur le plan technique, à mes propres relations. Pourquoi n’étais-je pas aussi épanouie? Pourquoi, lorsque nous en venions à former la bête à deux dos avec William, je pensais à autre chose pour aller jusqu’au bout de mon plaisir ?
La rentrée des classes approchait à grands pas. Des amis fraîchement rentrés de vacances et moi nous étions retrouvés dans la ville d’à côté pour manger une glace. C. était partie dans un camping dans le sud avec sa cousine. Âgée de quelques années de plus, cette dernière avait expérimenté de furtives relations avec un animateur du centre de vacances. Elle s’était confiée à mon amie en appuyant sur la fugacité de l’affaire et l’excitation procurée par cet empressement interdit. J’écoutais en peignant de mon mieux un faux air admiratif sur mon visage. Au fond de moi, je ne comprenais rien à ces mécanismes. Mes lectures ABDL revenaient en boucle dans un coin de ma tête.
La pharmacie était sur mon chemin vers l’arrêt de bus. Je n’avais rien à y faire, c’est l’effervescence à l'intérieur qui m’a attirée. Touristes et locaux, familles et anciens s’affairaient entre achat de crème solaire, baume anti-moustique et autres échanges d’ordonnances. Moi, je voulais juste toucher un lot de couches, s’ils en avait.
Ils en avaient.
Je me suis accroupie face aux étagères du bas, directement à droite de la porte. Il y avait un brouhaha ambiant qui m'isolait dans mes pensées. J’ai posé mes mains de chaque côté d’un gros paquet. Mon cœur s’est accéléré. Des enfants jouaient sur la petite table rouge qui leur était dédiée un peu plus loin. Les pharmaciennes étaient occupées. Personne ne faisait attention à moi.
J’ai approché ma prise en la posant sur mes genoux relevés. Les couches étaient si larges, si molletonnées. Ma gorge s’est serrée. Personne ne faisait attention à moi.
Je me suis relevée pour contrecarrer un déséquilibre. Dans ce geste, j’ai serré contre ma poitrine l’objet de mes désirs. Mes joues ont rougi. Personne ne faisait attention à moi.
La pression dans mon crâne a augmenté. J’ai serré un peu plus fort. Cette étreinte m’a donné le vertige. Personne ne faisait attention à moi.
Mes mains ont commencé à s’engourdir, mes jambes sont devenues cotonneuses. Une alarme résonnait au loin : celle qui me rappelait les néfastes conséquences de mes premiers vols. Personne ne faisait attention.
Mes doigts pianotaient sur la fine surface en plastique. Personne.
La porte s’est ouverte. Un couple est rentré. Je me suis faufilée dehors avant qu’il ne la referme et j’ai couru à toute jambe.
Quand mon rythme cardiaque est redevenu normal, j’ai baissé les yeux. Qu’est ce que j’allais faire de cet énorme paquet ?
