S - Soeurette

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S - Soeurette

En cette fin d’été 2011, ma sœur m’avait rejoint chez notre père pour un dernier séjour avant la rentrée. Contrairement à chez notre mère, nous partagions une chambre dans son duplex. Ce n’était pas déplaisant.

Après avoir dîner tous ensemble près du port, ma sœur et moi avons passé une partie de la nuit à discuter de tout et de rien. Elle avait eu 12 ans quelques semaines auparavant. L’adolescence la gagnait doucement. Elle n’hésitait pas à me poser toutes sortes de questions auxquelles je répondais toujours avec franchise. Il n’était pas rare qu’elle me fasse rire, autant par ses attitudes que par sa façon de me raconter les derniers potins. J’étais son modèle et je faisais tout pour que cet état de fait perdure. Moi, j’admirais sa débrouillardise et son culot. Elle était mon îlot de confiance et je mettais un point d’honneur à lui accorder l’attention que nos parents avaient parfois du mal à nous donner.


Pendant que j’écoutais, amusée, les différents rebondissements de sa semaine en centre aéré, je ne pouvais repousser de ma tête les images qui revenaient de ma soirée ABDL.

Je me suis mise machinalement à repenser aux années pendant lesquelles ma sœur et moi partagions la même chambre… et à toutes les fois où j’ai mis des couches alors qu’elle était dans le lit juste en dessous du mien. Le moindre bruit de friction des Pampers ou des pull-ups me faisait tressaillir et je me demandais par quelle magie elle ne remarquait rien. Toutes ses soirées à attendre qu’elle s’endorme pour palper l’épaisseur qui couvrait mon entre-jambe. Toutes les fois où je l’ai croisé le matin, à moitié réveillée dans le couloir, alors que je venais de lâcher ma vessie à l’abri des regards dans ce formidable objet de régression. Je voulais l’interrompre. Je voulais lui poser la question.


“Dis, L. , tu te souviens quand tu as dû remettre des couches ? Est-ce que tu n’as jamais trouvé ça un peu plaisant ? Parce que moi, tu vois, j’adore.”


Non, vraiment, je n’avais pas son culot. Et je savais que pour elle, cette partie de sa vie n’avait pas été très heureuse. Alors comment m’ouvrir sur le fait que, dans son malheur, j’avais trouvé mon bonheur ?


Un jour, on avait fait une sortie à la plage avec ma mère et elle. C’était à l’automne : les températures avaient baissé. Il n’était pas question de se baigner mais simplement de faire une balade. J’en avais profité pour mettre une couche achetée quelques jours plus tôt au supermarché habituel. Pendant l’après-midi, le ciel s’était découvert laissant percer un grand soleil. Devant ce regain de beau temps, ma sœur avait entrepris de remonter son pantalon pour mettre ses pieds dans l’océan. Ma mère a suivi l’initiative. Les podo-baigneuses m’ont exhorté à faire de même entre deux éclats de rire. Le hic, c’était que j’avais mis des collants de laine avec une jupe. La crainte que la couche se voie soit dans le processus de déshabillage/rhabillage, soit dans les chahuts liés au fait de les rejoindre m’a fait trouver quelques molles excuses. L., survoltée, était même allée jusqu’à me courir après et tirer sur mes collants que j’ai rattrapés de justesse. Rien d’effroyable, mais de quoi faire monter ma tension artérielle tout de même.

Elle était trop jeune à l’époque pour que je puisse me confier à elle, elle n’aurait pas compris. Moi-même, je ne comprenais pas grand-chose à mes débuts DL. Maintenant, la question commençait à se poser. Après plusieurs années à me cacher, je crois que j’avais envie d’en parler…

Surtout après l’intensité de la soirée de la veille et mon obsession à recommencer.

Surtout depuis que je me sentais sensiblement mieux en lisant les articles du forum sur internet.

Surtout que les changements physiologiques de l’adolescence étaient nombreux et que je ressentais un certain besoin de les extérioriser. 


En grandissant, ma sœur finira par se mettre au skateboard, activité dans laquelle elle montrera d’indubitables capacités. Elle en suivra d’ailleurs les clichés notoires : collection de casquettes à l’américaine, vêtements amples et délavés même neufs, playlists à base de Pink, Avril Lavigne et Sum41 et, bien entendu, d'irrépressibles envies de révolutions. Moi, je suis restée bien longtemps son yin. Calme, silencieuse, oscillant entre la variété française et le rap marseillais.

Malgré ces divergences de style et de tempérament, nos liens ne se sont jamais vraiment brisés. Nos parents nous ont inculqué bon gré mal gré une ouverture d’esprit qui nous a permis d’accepter beaucoup de choses sans jugement. Vraisemblablement sans s’en rendre compte, elle a toujours été pour moi un soutien, ne serait-ce qu’en restant à mes côtés, inchangée, dans tous types de situation. Même si elle n’allait pas tarder à mettre le feu aux poudres… Mais c’est une autre histoire.


-Et toi, t’as fait quoi hier soir, quand papa t’a laissé toute seule ?


-Oh, pas grand chose. J’ai commandé une pizza et j’ai regardé la télé.


-T’as même pas passé une heure au téléphone avec William?


-Non… J’ai un peu pensé à lui. Bon, j’éteins la lumière. A demain, soeurette.

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